Chapitre VII: Premières Lueurs

Les premiers rayons du soleil envahissaient la pièce, tirant doucement Jorkay de sa torpeur. Lyell, quant à elle, dormait toujours profondément la bouche grande ouverte, ronflant bruyamment.

L’adolescent s’étira et se leva tant bien que mal. Il tituba jusqu’à la fenêtre et prit une grande inspiration. Le paysage n’était pas bien aguichant, mais l’air de la ville était d’une pureté hors du commun. Du moins il l’était par rapport à celui des métropoles de son ancien monde.
Il s’accouda à la fenêtre et resta ainsi une bonne dizaine de minutes, avant qu’on toque doucement à la porte. Elle s’ouvrit immédiatement après et la servante entra prudemment, fermant derrière elle. Elle portait à présent une ceinture de cuir autour de la taille, et la dague dont elle s’était servie pour attaquer le jeune homme y était rangée.

-Je vois que tu as fait le bon choix, lui lâcha Jorkay, un sourire en coin.

-Alors? Comment allons-nous nous y prendre?

Le garçon se dirigea vers la couche de Lyell.

-On réveille la gamine et on se casse. Pas plus compliqué.

Il mit deux légères claques à l’enfant endormie qui entrouvrit les paupières et marmonna quelque chose d’incompréhensible.

-Je ne vous l’ai pas dit hier, mais quitter cet endroit ne sera pas si facile.

La servante le scrutait de ses yeux perçants, ce qui fit frissonner l’adolescent.

Après avoir confirmé que Lyell n’allait pas se rendormir, Jorkay se rendit au pied se son lit ramasser ses bottes et sa cape et s’assit sur son matelas.

-Pourquoi donc? Je t’ai déjà dit que les piliers ne pouvaient rien contre moi, non? Tu ne me crois pas?

Cette femme dégageait une forte aura, déstabilisant le jeune homme. Certes il était presque invincible, mais cela ne faisait qu’un jour, aussi n’était-il pas vraiment habitué à être intouchable, et en l’état, le regard de cette semi-humaine lui faisait tout simplement peur. Mais il tentait autant que possible de ne pas le montrer: après tout, son rôle était celui du sauveur. Si lui-même montrait de l’inquiétude, la confiance qu’on lui portait chuterait drastiquement.
Et puis il avait sa fierté, aussi.

-Il m’est effectivement dur de vous croire sur ce point, mais ce n’est pas ce que je voulais dire. Le boss a appliqué un sceau sur chaque habitant de cette ville les empêchant de quitter la ville. Alors même si vous avez le niveau suffisant pour vaincre les piliers, ce dont je doute, c’est le boss qu’il vous faudra tuer afin de faire disparaître ces sceaux, et ce type est bien plus puissant que ses sbires.

Jorkay, ayant enfilé ses bottes, se leva et fixa sa cape autour de son cou à l’aide de l’épingle géante.

-Je ne pense pas que j’aurais du mal à le battre lui non plus, cela dit je ne suis pas ici pour tuer qui que ce soit. (Il marqua une pause.) Il est où ce fameux sceau?

La femme lui adressa un regard dubitatif, ne comprenant pas vraiment l’intérêt de sa question.
Lyell, qui était visiblement momentanément sortie de son cirage, trottina jusqu’à la femme et la regarda avec un grand sourire.

-Arrête de t’inquiéter! Ce mec est balèze, il va nous sortir d’ici!

Ne saisissant pas bien la situation, la servante se contenta d’hocher la tête avec hésitation.

-Tiens t’es debout.

Le ton de Jorkay avait changé et semblait bien moins amical.
Lyell se tourna vers lui et inclina la tête sur le côté d’un air interrogatif.
Il se pencha à sa hauteur et la fixa de ses yeux vairons. Un regard froid et menaçant.

-Pourquoi tu ne m’as pas dit ce qu’il se passait réellement dans cette ville?

La fillette, ayant senti le changement d’atmosphère, ne parvint pas à maintenir son attitude désinvolte.

Elle lui répondit cependant sans détourner le regard, sûre de sa réponse.

-Je voulais pas que tu nous laisse derrière en t’enfuyant tout seul d’ici.

Jorkay s’attendait quelque peu à cette réponse, mais cela le rassurait tout de même de l’entendre de la bouche de la gamine.

Le regard toujours braqué sur elle, il lâcha avec le ton le plus menaçant possible:

-La prochaine fois que tu me mens ou que tu me manipules, tout ne se passera pas aussi bien qu’aujourd’hui, compris?

-Ça marche!

Son caractère insouciant était déjà de retour, et la menace lui était passée au-dessus de la tête.

Visiblement, cette nouvelle apparence ne fait pas grande impression…

Jorkay poussa un soupir résigné et se redressa.

Peut-être aurait-il dû se mettre plus en colère, mais pour une fois, on ne l’avait pas manipulé par pur dédain ou par profit, mais par simple instinct de survie.
Cependant, même s’il comprenait ceci, avoir été trompé l’énervait profondément. Aussi préféra-t-il ne pas s’attarder sur le sujet.

-Alors ce sceau?

Il s’adressait maintenant à la servante, encore plus perdue après avoir été témoin de cet échange.

Elle porta silencieusement un doigt à son front.

Jorkay s’approcha alors d’elle et de Lyell et apposa une paume sur le front de chaque fille, ce qui fit en effet scintiller deux sceaux aux motifs identiques.

Les motifs ornant un sceau étaient uniques à un utilisateur, et il était donc possible de reconnaître le créateur d’un sceau à son design.

Il existait deux manières de détruire un sceau: il fallait soit utiliser la « force brute » en chassant le mana composant le sceau avec son propre mana, mais cela nécessitait d’employer une quantité supérieure de mana à celle utilisée pour poser le sceau, soit parvenir à ordonner le mana composant le sceau d’arrêter ce qu’il était entrain de faire, mais il fallait pour cela remplir une certaine condition.

Appliquer des sceaux était un type de magie à part entière. Il existait en conséquence des personnes capables de le faire et d’autres qui en étaient incapables.
Particularité de ce type de magie: seule une poignée de gens avaient la chance de pouvoir l’utiliser.
« Chance » car une personne pouvant appliquer des sceaux possédait indirectement la capacité d’utiliser tous les types de magie existants. En effet, il n’y avait par exemple pas besoin d’avoir la capacité d’ordonner au mana de produire du feu pour pouvoir créer un sceau produisant du feu, faisant donc de l’application de sceaux le type de magie le plus pratique et le plus puissant.

Afin d’ordonner au mana composant un sceau d’arrêter ce qu’il faisait, il était donc nécessaire de pouvoir soi-même utiliser la magie d' »application de sceaux ».

Jorkay s’était mis à dix pourcents de sa puissance pour passer la nuit, et ce n’était visiblement pas assez pour détruire le sceau par la force. Il opta donc pour la seconde option et les sceaux furent rapidement dissipés dans un éclat de lumière.

-Voilà, c’est fait, dit-il en écartant ses mains de leur front.

Lyell se contenta d’un sourire satisfait qui irrita légèrement Jorkay, mais la servante semblait ne pas en croire ses yeux et restait bouche bée.

L’adolescent l’observa, un sourcil haussé.

-Ça va?

Elle dirigea lentement son regard vers celui de Jorkay, comme dans un rêve, le fixant ainsi une bonne dizaine de secondes, gênant non seulement le jeune homme, mais aussi Lyell, qui ne l’avait jamais vue agir ainsi.

Jorkay, le visage figé, tourna ses yeux vers Lyell.

-Il lui arrive quoi à ta pote? chuchota-t-il entre ses dents.

La gamine, bien que pas inquiète pour un sou, ne comprenait pas plus le comportement de son amie.

-’Sais pas, p’têtre que tu lui as grillé quelques neurones dans le processus?

À peine cette phrase prononcée, la servante s’agenouilla comme le ferait un chevalier, un genoux à terre, déstabilisant encore un peu plus Jorkay.

-Je vous remercie du fond du cœur! Je vais enfin pouvoir être libre après cinq longues années passées ici! Vous avez mon respect et ma gratitude éternelle…

-On est pas encore sortis, tu sais… Et puis j’ai pas vraiment fait grand chose…

Jorkay tenta tant bien que mal de calmer la joie de la femme devant lui, mais elle gardait la tête baissée, versant silencieusement quelques larmes sur le plancher.
Même Lyell semblait décontenancée, elle qui ne voyait même pas l’intérêt de dire merci.

Elle fit quelques petits bonds et se recroquevilla pour se retrouver au niveau de la servante.

-T’as vraiment si peu d’amour propre? lâcha-t-elle sur un ton innocent.

Jorkay lui adressa un regard méprisant.

C’est plutôt toi qui en a trop, sale gosse.

-Bref, allons-y. Il n’y a aucune raison de traîner ici, dit-il après avoir poussé un long soupir.

La semi-renarde se redressa promptement, ignorant visiblement la remarque désobligeante de la jeune fille.

-Nous vous suivons!

Sur cette réponse un poil trop enjouée, Jorkay ouvrit la porte et sortit de la chambre, suivit de près par Lyell tenue par la main par la servante désormais débarrassée de tous ses anciens doutes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
50 ⁄ 25 =